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RCP virtuel : partager son électricité solaire avec les maisons voisines
Le regroupement dans le cadre de la consommation propre (RCP, en allemand ZEV) existe depuis 2018 : plusieurs propriétaires et locataires d'un même lieu consomment ensemble l'électricité produite sur place. Sa limite était physique : il fallait que l'électricité circule sans emprunter le réseau de distribution, ce qui imposait souvent de tirer un câble privé entre les bâtiments. Depuis le 1er janvier 2025, une nouvelle règle a assoupli cette contrainte. On parle de « RCP virtuel » (RCPv, ou vZEV en Suisse alémanique). Voici ce que permet ce modèle, et quand le préférer à une communauté électrique locale.
Ce qui a changé au 1er janvier 2025
L'ordonnance sur l'énergie définit le lieu de production comme la propriété sur laquelle se trouve l'installation, et l'étend aux autres propriétés où l'électricité produite peut être consommée sans utilisation du réseau de distribution (art. 14, al. 1 et 2, OEne). Un nouvel alinéa ajoute : « Au niveau de tension inférieur à 1 kV, la ligne de raccordement et l'infrastructure électrique locale au point de raccordement correspondant peuvent être utilisées pour la consommation propre » (art. 14, al. 3, OEne, introduit par l'ordonnance du 20 novembre 2024, en vigueur depuis le 1er janvier 2025).
Concrètement, la ligne de raccordement — le câble qui relie votre maison au réseau — et l'infrastructure locale au point de raccordement peuvent servir à faire passer l'électricité d'un bâtiment à l'autre. Groupe E résume l'effet : en basse tension, le périmètre de participation est étendu à des participants situés derrière des lignes de raccordement partant du même nœud du réseau, par exemple une armoire de distribution, un point de dérivation ou la barre basse tension d'une station transformatrice (Groupe E).
Les conditions d'un RCP, virtuel ou non
Le RCP virtuel reste un RCP : toutes ses règles s'appliquent.
- Production minimale de 10 % de la puissance de raccordement du regroupement (art. 15, al. 1, OEne). Les installations exploitées 500 heures par an au plus ne comptent pas (al. 2). Si la condition n'est plus remplie plus tard, le regroupement ne peut perdurer que si les motifs du changement relèvent de ses participants existants (al. 3).
- Un consommateur final unique vis-à-vis du réseau : après le regroupement, les participants sont traités comme un seul consommateur pour le soutirage d'électricité du réseau (art. 18, al. 1, LEne).
- Une convention entre propriétaires et avec l'exploitant de l'installation (art. 17, al. 1, LEne), qui précise au minimum le représentant, la mesure interne, la mise à disposition des données, l'administration et la facturation, et le produit électrique acheté à l'extérieur (art. 16, al. 1, OEne).
- Une annonce trois mois à l'avance au gestionnaire de réseau : formation du regroupement, représentant, locataires participants (art. 18, al. 1, OEne).
Le rôle du gestionnaire de réseau
Depuis 2025, le gestionnaire de réseau a des obligations nouvelles envers les RCP. Il doit communiquer au propriétaire, dans un délai de 15 jours ouvrés, les informations nécessaires à la formation d'un regroupement en tenant compte des lignes de raccordement (art. 18, al. 5, OEne). Il établit un décompte distinct pour les consommateurs qui ne participent pas (al. 6). Et il doit mettre gratuitement à disposition du regroupement les courbes de charge de la production et de la consommation des participants nécessaires à la facturation (al. 7).
Ce dernier point change tout pour un RCP virtuel : les compteurs du gestionnaire mesurent chaque bâtiment, et le représentant reçoit les données pour répartir l'électricité. Il n'est pas forcément nécessaire d'installer des compteurs privés.
Les locataires sont protégés
Un RCP peut inclure des locataires et des fermiers ; le propriétaire est alors responsable de leur approvisionnement (art. 17, al. 2, LEne). Les règles de prix sont strictes :
- Les coûts externes (électricité achetée au réseau, utilisation du réseau, mesure, redevances) sont refacturés aux locataires en fonction de leur consommation, hormis les coûts de mesure du regroupement (art. 16a OEne).
- L'électricité produite en interne peut être facturée au forfait, à 80 % au maximum de ce que le locataire paierait pour la même quantité hors du regroupement, ou aux coûts effectifs, déduction faite des recettes de la vente à l'extérieur et plafonnés au même montant (art. 16b OEne).
- Les coûts d'introduction du regroupement qui ne sont pas couverts par la rémunération du réseau ne peuvent pas être répercutés directement sur les locataires (art. 17, al. 4, LEne).
En revanche, la sortie d'un locataire est limitée : il ne peut quitter le regroupement que s'il a accès au marché libre et veut l'exercer, ou si le propriétaire n'assure pas un approvisionnement approprié ou ne respecte pas les règles de facturation ; il doit le notifier trois mois à l'avance, par écrit et avec les motifs (art. 16, al. 2 et 3, OEne).
RCP virtuel ou CEL : comment choisir ?
Les deux modèles permettent de partager entre bâtiments voisins. La différence tient au réseau :
- Dans un RCP virtuel, l'électricité interne n'emprunte pas le réseau de distribution : elle ne paie ni l'utilisation du réseau ni les taxes liées. Le gain par kWh est donc plus élevé.
- Dans une communauté électrique locale, l'électricité passe par le réseau public, avec une réduction de 40 % ou 20 % du tarif d'utilisation du réseau (art. 19h OApEl). En échange, le périmètre peut couvrir toute la commune, le seuil de production est de 5 % au lieu de 10 %, chaque membre reste client du gestionnaire, et les conditions de sortie sont librement convenues.
En pratique : si vos voisins sont sur le même départ basse tension que vous, demandez d'abord au gestionnaire si un RCP virtuel est possible. S'ils sont plus loin, ou si vous voulez une communauté ouverte où chacun entre et sort librement, la CEL est plus adaptée. Notre comparatif complet détaille les différences.
Un exemple chiffré
Avec les médianes suisses 2027 publiées par l'ElCom — énergie 11,35 ct./kWh, réseau 10,94 ct./kWh, supplément réseau 2,3 ct./kWh (communiqué du 8 septembre 2026) —, un kWh solaire consommé dans un RCP évite environ 24,6 ct. d'achat au réseau, hors mesure et redevances. Dans une CEL à 40 %, il évite environ 15,7 ct. (énergie + 40 % du réseau). L'écart, environ 9 ct. par kWh, est l'avantage du RCP quand il est techniquement possible. Pour un locataire, le forfait maximal du RCP correspond à 80 % du prix qu'il paierait autrement.
Ces valeurs varient selon la commune : le simulateur calcule les deux cas avec vos tarifs.
Gérer un RCP virtuel au quotidien
Le représentant doit répartir l'électricité interne et facturer chaque participant. Avec les courbes de charge fournies par le gestionnaire, la répartition se fait quart d'heure par quart d'heure. MonSolaireLocal gère les RCP et les RCP virtuels comme les CEL : règlement conforme à l'art. 16 OEne, courriers d'annonce selon l'art. 18 OEne, import des courbes de charge, contrôle du forfait de 80 % pour les locataires et décomptes mensuels.
Textes consultés sur Fedlex le 4 novembre 2026 : LEne (RS 730.0), OEne (RS 730.01, état au 1er juillet 2026), OApEl (RS 734.71).
Combien économiseraient vos voisins ?
Indiquez votre commune, votre production et la consommation de vos voisins : le simulateur calcule les économies de chacun avec les tarifs officiels de votre gestionnaire de réseau.